Immigration : la France abandonne les tests ADN pour le regroupement familial

mardi 15 septembre 2009
par  karim
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Le ministre français de l’Immigration Eric Besson a annoncé dimanche qu’il ne signerait pas le décret d’application de la loi sur les tests ADN pour le regroupement familial. Il a affirmé qu’il n’était pas "en mesure" de "respecter l’esprit et la lettre de la loi".

"Je ne signerai pas ce décret d’application pour une raison simple. Je ne suis pas en mesure dans les délais impartis par la loi, 31 décembre 2009, de respecter l’esprit et la lettre de la loi", a expliqué Eric Besson à la radio Europe1. "Le législateur a émis tellement de contraintes que le décret d’application n’est pas possible en l’état", a-t-il ajouté, expliquant notamment que les "consulats (français à l’étranger) ne sont pas équipés pour ces empreintes génétiques".

Un amendement "dégueulasse"

La loi permettant l’expérimentation des tests ADN pour les candidats au regroupement familial en cas de doute sur l’authenticité des actes d’état civil présentés, a pourtant été votée par l’Assemblée nationale en septembre 2007.

Depuis, les candidats douteux à l’immigration se font appliquer le test ADN. Mais pour que ce procédé particulièrement délicat et contesté soit perpétué au delà de décembre 2009, Eric Besson devait encore signer le décret d’application.

Pourquoi cette charge du successeur de Brice Hortefeux contre une loi qu’il n’a pourtant jamais renié ? C’est qu’Eric Besson, ministre "d’ouverture" de Nicolas Sarkozy en provenance directe du Parti Socialiste (dont il fut le secrétaire national), n’est pas pour autant la moins bonne des fines lames de l’équipe présidentielle.

Il connaît les avatars de cette fameuse loi sur le renforcement de la politique d’immigration, rendue sulfureuse par "l’amendement Mariani" introduisant et généralisant les tests ADN.

Un amendement qui avait fait frémir, mais auquel, à l’époque, Brice Hortefeux (alors ministre de l’Immigration) et le président avaient déclaré ne pas être hostiles. C’était avant que Bernard Kouchner et Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la Politique de la ville s’élèvent contre le texte, que Fadela Amara qualifia d’ailleurs de "dégueulasse". Le texte fut finalement édulcoré, et la matière passa dans les mains du transfuge socialiste à la faveur du remaniement intervenu en mars 2008.

Les faveurs de la Reine

Eric Besson pouvait-il se montrer meilleur élève en Sarkozie que Bernard Kouchner et Fadela Amara en rendant la loi applicable en dépit de ses propres convictions, ou bien devait-il continuer à jouer le rôle qui lui était assigné de "ministre d’ouverture", c’est-à-dire de facteur de dédouanement de la politique du président auprès de la partie de l’opinion penchant à gauche ?

Il a manifestement choisi cette deuxième voie, fort de la conviction que le président ne lui en voudra finalement pas de conduire cet aspect de la loi aux oubliettes. C’est que, dame !, la première de celles-ci, justement, s’était elle-même illustrée en critiquant sans équivoque l’amendement Mariani. "On crée une loi qui signe la suspicion de la France à l’égard de tous les migrants ; ils seraient tous des fraudeurs potentiels, avec un état civil bidon ! Je trouve très déplaisante cette manière de considérer l’autre comme un ennemi. Il y a un durcissement qui s’accroît très nettement. Pour passer une frontière, il faut de plus en plus montrer patte blanche. Je déteste le "tri" qu’implique l’immigration choisie", disait Carla Bruni dans Elle, son journal officiel, avant de monter sur la scène du Zénith pour un concert dirigé contre la loi et organisé par SOS Racisme.

Fort de ce soutien, Eric Besson peut bien prétendre que des problèmes techniques l’empêchent d’honorer une promesse du candidat Nicolas Sarkozy et une loi votée par les représentants de la nation, il sait bien qu’il ne risque rien.


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