Quand l’Elysée et El Mouradia trouvent leurs comptes

, par  karim , popularité : 5%

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Quand l’Elysée et El Mouradia trouvent leurs comptes

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La cacophonie qui a marqué la semaine écoulée autour de l’affaire des sept moines de Tibéhirine n’est ni fortuite ni innocente. Officiellement il s’agit d’une quête de la vérité sur l’assassinat des religieux il y a 13 ans de cela et l’identité de leurs auteurs. La réalité est plus complexe et beaucoup moins noble.

En dehors des familles des victimes, de leurs amis et des opinions publiques désintéressées des deux côtés de la Méditerranée, la recherche de la vérité n’a jamais fait courir grand monde dans cette affaire ou dans une autre.

L’empressement de Nicolas Sarkozy à accuser presque ouvertement l’armée algérienne au grand dam des règles élémentaires que dictent la diplomatie et le sens de la réserve de rigueur dans les affaires non jugées, comme le silence assourdissant d’Alger, plaident en faveur de desseins inavoués et d’intérêts occultes.

En France comme en Algérie, des parties intéressées ont senti le bon coup.

A Paris, le président Sarkozy s’achemine vers la consommation de la première moitié de son mandat. C’est donc le moment pour lui de mettre en branle la machine destinée à le réélire. L’adversaire traditionnel, le parti socialiste, est convalescent. C’est donc surtout le camp chiraquien qu’il a à redouter. Or, si cette affaire devait peser, c’est à Chirac et son entourage qu’elle nuirait. La garde des sceaux, Michèle Alliot-Marie, fidèle chiraquienne et potentiellement candidate en 2012 l’a très bien compris.

La stratégie du silence adoptée par Alger a laissé le champ libre aux témoins de la vingt-cinquième heure allant tous dans le sens d’accusations de plus en plus grave contre l’institution militaire algérienne.

Au palais d’El Mouradia et dans son sillage on ne dédaigne pas une polémique initiée ailleurs, qui pourrait affaiblir le dernier carré des officiers hostiles au projet présidentiel d’amnistie générale. Sans compter que tout ce qui est vécu comme une agression extérieure profite toujours au régime, l’opinion se mobilisant spontanément, selon un réflexe hérité de la période où l’impérialisme américain était tenu responsable des échecs et des errements de la politique du parti unique.

En terme de réaction, Alger s’est contenté d’actionner un « repenti » de service, Abdelhak Layada, tout heureux de retrouver les honneurs des manchettes des Unes des quotidiens. On sait pourtant parfaitement que son témoignage n’apporte rien de plus que le communiqué du GIA revendiquant l’assassinat des moines à l’époque des faits.

Par contre, l’intrusion de cet ancien chef terroriste dans la polémique constitue un élément supplémentaire qui corrobore la thèse d’une convergence annoncée entre le régime et l’islamisme.

Quant à croire que la cabale politico-médiatique montée en épingle autour de l’affaire des moines de Tibéhirine pourrait dégrader les relations entre Alger et Paris, c’est aller vite en besogne et faire fi de leur nature. Les intérêts et les enjeux sont tels qu’il en faut beaucoup plus pour provoquer des remises en cause significatives. Elles n’en sortiront donc ni meilleures ni pires.