CULTURE : Il éte une fois le Panaf...*

, par  karim , popularité : 8%

[*

Lancement de la 2ème édition du PANAF : La grand’messe de la culture africaine à Alger

*]

Alger, la capitale algérienne a vécu aux rythmes des sons et des couleurs culturelles africaines, le samedi 4 juillet, à la faveur du lancement de la 2ème édition du Festival culturel panafricain (Panaf).

Cinquante trois (53) camions-chars décorés aux symboles et à l’identité culturelle de cinquante trois pays d’Afrique, parmi lesquels, la Côte d’Ivoire ; crépitements lourds et simultanés de tambours divers ; des coups de canon tirés en l’air ; des danses folkloriques, le tout dans une ambiance à la fois mélancolique et féerique. Les reporters photographes et les cameramen ne se font pas prier pour se régaler ! De 15 h à 20 h (heures locales), la capitale de l’Algérie a vécu 5 h de folie, le samedi 4 juillet, à l’occasion de la parade des participants à la 2ème édition du Festival panafricain culturel d’Alger (Panaf), prévue du 5 au 20 juillet, à travers, la ville. Le public algérois est sorti nombreux pour participer à la fête, qui coïncidait avec la commémoration du 47ème anniversaire du pays.

La parade s’est déroulée, au centre d’Alger, sur une distance de près de quatre kilomètres. Les 53 groupes représentants les pays d’Afrique, sont partis de la place Sofia, dans le quartier européen, au stade omnisport Ferhani de Bab El-Oued. L’ambiance a commencé à Sofia, lors du rassemblement des groupes.

En effet, les festivaliers ont été convoyés à ce lieu, quelques minutes avant la parade, en vue d’organiser le passage de chaque pays. Ainsi, la place Sofia était littéralement parée aux couleurs de l’Afrique. Couleurs des drapeaux des Etats, mais surtout, les couleurs de la culture africaine. Chaque groupe exposait sa spécificité, à travers, son accoutrement et sa danse. Les danseurs congolais, les nigérians, maliens, cap-verdiens ont captivé le public par la chaleur de leurs prestations.

Une autre danse, qui a bien plu aux Algérois, est celle exécutée par les Touareg algériens. Cette danse singulière ressemble à la danse Zulu des Sud-Africains. Des hommes armés d’épée en bois et de planche de protection, miment un combat. Lorsque les uns attaquent, les autres bloquent l’épée avec la planche, et cela produit un bruit d’ensemble extraordinaire. Cette atmosphère se déroule dans une ambiance amicale entre les différents groupes. Ainsi par exemple, des danseurs congolais n’hésitent pas à se joindre aux Sénégalais pour danser le M’Balaxe avec eux. “Nous sommes tous des Africains et nous sommes tous des frères”, a affirmé la responsable de la délégation nigériane après avoir esquissé quelques pas de danse Mading du groupe malien.

La parade a été ouverte avec le passage de la garde républicaine algérienne, suivie de la troupe Fansia. Puis a suivi, le camion-char représentant l’Algérie. Le Fennec, la mascotte de l’Algérie, était bien monté sur le véhicule. L’Algérie a montré sa diversité culturelle en présentant des danses et des rythmes du Nord (la Kabylie), du Sud et du Centre du pays. La Côte d’Ivoire est passée après le Congo. Sur le camion-char, il n’ y a pas eu la mascotte de l’éléphant. Pourquoi ? La Côte d’Ivoire a plutôt présenté une représentation de l’ENESTP de Yamoussoukro. Les artistes ivoiriens étaient habillés en pagne baoulé.

La délégation officielle ivoirienne est conduite par le ministre Augustin Comoé. Elle est composée de 80 personnes au nombre desquelles des peintres, des écrivains, des cinéastes et des artistes plasticiens.

La deuxième édition du Festival panafricain d’Alger est donc bien partie. Pourvu que les choses continuent dans ce sens.

Au moment où nous mettions sous presse, l’on s’activait pour la cérémonie d’ouverture prévue pour le dimanche 5 juillet à 20 heures locales.

César Ebrokié (Envoyé spécial à Alger)

Quarante ans après avoir abrité le premier Festival panafricain de la culture, Alger retrouve ses pulsions africaines et s’apprête à organiser, du 5 au 20 juillet, la seconde édition.

Durant les années 1960, au lendemain des indépendances, l’Afrique avait connu deux grands événements culturels à l’échelle continentale ? : le Festival mondial des arts nègres (Fesman), à Dakar, en 1966 puis en 1977, et le Festival panafricain de la culture (Panaf), à Alger, en 1969. Ce dernier est, depuis, entré dans l’imaginaire collectif comme symbolisant le mieux la période où Alger était La Mecque des révolutionnaires et des mouvements de libération... En 2007, quatre décennies plus tard, les ministres de la Culture de l’Union africaine, réunis à Nairobi, ont décidé de faire renaître ces deux manifestations. La capitale sénégalaise accueillera, en décembre prochain, la troisième édition du Fesman. Quant à Alger, elle abritera, du 5 au 20 juillet, quarante ans jour pour jour après la première édition, le Panaf. Un vrai défi.

En 1969, Alger fait découvrir au monde entier une Zouloue encore peu connue, Miriam Makeba. Nina Simone (la diaspora était largement présente) interprète, pour la première fois, « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Manu Dibango tombe amoureux d’une station balnéaire algéroise, qui lui inspirera « Night in Zeralda ». Et, enfin, le saxophoniste américain Archie Shepp fait un boeuf avec une troupe touarègue sur le parvis de la célèbre mosquée de Ketchaoua, au pied de la mythique Casbah. Les autres invités se prénomment Amílcar Cabral, Agostinho Neto, Roberto Holden, Sembène Ousmane, Cheikh Anta Diop, Amadou Hampâté Bâ ou Joseph Ki-Zerbo. Autant de personnalités qui incarnent à la fois le combat libérateur, la mémoire et les pulsions du continent. Bref, une programmation ambitieuse et une première édition époustouflante.

En haut lieu, au palais d’El-Mouradia, il n’est pas question que la seconde édition soit moins flamboyante que la première. Dilemme ? : comment recréer le contexte de mobilisation autour de l’émancipation du continent près d’un demi-siècle après les indépendances ?? Pour Khalida Toumi, ministre algérienne de la Culture, l’équation est simple ? : « En 1969, Alger avait célébré la fin de la nuit coloniale. En 2009, elle célébrera la renaissance de la culture du continent. Algeria is back ?! Africa is back, too ?! »

Pour réussir son rendez-vous continental, l’Algérie a débloqué un budget de plus de 55 millions d’euros, dont une quarantaine pour la réalisation du village des artistes à Zeralda - sans doute en souvenir de la participation de Manu Dibango de 1969 - d’une capacité d’hébergement de 2 ?500 personnes. Insuffisant, puisque sont attendus 8000 participants originaires de 44 pays d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique latine et des États-Unis. La réalisation d’une nouvelle cité universitaire à Ouled Fayet, banlieue sud-ouest d’Alger, arrive à point nommé et devrait combler les déficits. Les grands palaces de la capitale seront également sollicités pour accueillir quelques chefs d’État. Quant au « roi des rois traditionnels d’Afrique » et président en exercice de l’Union africaine, Mouammar Kaddafi, on ignore encore où sera dressée sa tente de Bédouin et où broutera la chamelle dont il ne se sépare jamais.

Durant ces deux semaines de festivités et après une cérémonie d’ouverture que l’on annonce grandiose, sous la direction du chorégraphe algérien Kamel Ouali, et une parade populaire dans les rues d’Alger pour les 8 ?000 festivaliers, l’Algérie vibrera aux sons africains. Outre le volet musical avec plusieurs concerts par jour donnés par des vedettes du continent et de sa diaspora (on évoque, entre autres, le Malien Salif Keita, les Antillais de Kassav’, Khaled...), sont également prévus l’exposition de dix-huit chefs-d’oeuvre du patrimoine immatériel africain et un hommage aux grands noms du théâtre subsaharien avec vingt-sept spectacles dont douze pièces algériennes créées pour l’occasion.

Côté cinéma, et en sus de la projection sur tout le territoire algérien, à travers le ciné-bus, de l’ensemble des films primés à Carthage (Tanit d’or) ou par le Fespaco (Étalon de Yennenga), le Panaf permettra également la production de quatre documentaires dédiés à la renaissance africaine. Les organisateurs ont également sollicité douze cinéastes africains pour la réalisation d’autant de courts-métrages. Littérature et bande dessinée seront également célébrées. Le Panaf éditera plus de deux cents titres, dont quelques rééditions de grands classiques africains et caribéens. Sans oublier de nombreux colloques et conférences ainsi qu’un hommage spécial à Frantz Fanon et Aimé Césaire. Créateurs et stylistes africains seront également de la partie ? : plusieurs défilés de mode sont programmés durant la quinzaine.