Port du voile : les réactions en France à Barack Obama

, par  karim , popularité : 7%

Voile islamique : Obama prône la tolérance en Occident

Dans son discours au Caire jeudi, le président américain a pris le contrepied de la France en se positionnant pour le droit des musulmanes à porter le voile dans les pays occidentaux.

Prenant le contre-pied de la France, Barack Obama a défendu jeudi au Caire le port du voile pour les musulmanes en Occident. Au nom de la laïcité, la France a banni en 2004 dans les écoles les signes religieux ostentatoires, dont le voile islamique. La polémique touche également le Canada, la Belgique et l’Allemagne. « Il est important pour les pays occidentaux d’éviter de gêner les citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant les vêtements qu’une femme doit porter », a dit jeudi Obama. Sans citer aucun pays, il a estimé : « On ne peut dissimuler l’hostilité envers une religion derrière le faux-semblant du libéralisme. » « Je rejette, a-t-il ajouté, les vues de certains en Occident » qui voient « comme une inégalité le fait qu’une femme choisisse de couvrir ses cheveux ». Une musulmane voilée, Dalia Mogahed, travaille à la Maison-Blanche comme conseillère d’Obama. Une première.

les réactions en France à Barack Obama

Barack Obama en a-t-il trop fait ? Dans son discours au monde musulman, tenu jeudi 4 juin au Caire, le président des Etats-Unis s’est volontiers référé aux textes saints, louant sans réserve les vertus inhérentes, selon lui, aux trois grandes religions monothéistes, colorant même son propos de formules mystiques dignes d’un responsable religieux.

"Son souci de respect pour l’islam et la religiosité de ses propos paraissent excessifs à des esprits français, empreints de laïcité", reconnaît le politologue Denis Lacorne, directeur de recherches au Ceri-Sciences Po, spécialiste des Etats-Unis. "Mais ce discours était adapté à son auditoire et il faut avoir en tête que les présidents américains incluent toujours des références religieuses dans leurs discours."

Un passage au moins a pourtant particulièrement heurté les oreilles françaises : l’allusion à l’interdiction de porter le voile dans certains "pays occidentaux", en l’occurrence la France. Au chapitre de la liberté religieuse, M. Obama a ainsi exhorté les "pays occidentaux à éviter d’empêcher les musulmans d’exercer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu’une musulmane devrait porter". "Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale", ajoutant toutefois : "J’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité."

Tout à sa volonté de démontrer la proximité entre les Etats-Unis et l’islam, M. Obama a aussi rappelé, sous les applaudissements, que "le gouvernement américain a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hidjab et pour punir ceux qui leur contesteraient ce droit".

"Ce passage sur l’interdiction du voile est gênant, car il dénote une méconnaissance de la situation française. Les musulmanes peuvent y porter le voile, même si l’école est sanctuarisée et si l’espace de l’Etat est neutre par rapport aux religions", rappelle le chercheur Patrick Weil, qui fut membre de la commission Stasi à l’origine de la loi sur l’interdiction du port de signes religieux à l’école, adoptée en 2004.

"Il a surtout voulu évoquer ce que les musulmans, à travers le monde, ont compris de cette loi, à savoir qu’elle était discriminatoire envers l’islam", commente Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). S’il reconnaît que la loi était destinée à "apaiser des tensions dans lesétablissements scolaires", M. Moussaoui estime que les propos de M. Obama "peuvent renforcer le sentiment qu’elle va à l’encontre de la liberté religieuse".

"Alors que, dans l’ensemble de son discours, il se montre proche de "l’islam des Lumières", sur le voile, M. Obama redevient américain et dogmatique, laissant entendre que le port du voile signifie la liberté", constate aussi l’anthropologue Malek Chebel. "Il n’a pas hésité à flatter la rue musulmane quitte à flatter les plus radicaux", regrette l’auteur d’un récent Dictionnaire du Coran (Fayard, 2009).