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Les douze raisons pour comprendre la faiblesse de la monnaie algérienne

dimanche 26 février 2017, par karim

Le gouverneur de la Banque d’Algérie en date du 22 février 2017 vient de faire savoir qu’il n’est plus question d’utiliser comme variable d’ajustement la dépréciation du dinar pour atténuer le déficit budgétaire appartenant donc au gouvernement de mettre en place une politique socio-économique appropriée La valeur réelle de la monnaie, n’est qu’un signe, un moyen d’échange où nous sommes ensuite passés de la monnaie métallique, aux billets de banques, puis aux chèques et ensuite à la monnaie électronique. Thésauriser ne crée pas de valeur. C’est le travail par l’innovation continue, s’adaptant à ce monde de plus en plus interdépendant, turbulent et en perpétuel bouleversement qui est la source de la richesse d’une nation.

I.- La cotation officielle du dinar / 1970 / février 2017 est la suivante : 1970 : 4,94 dinars un dollar 1980 : 5,03 dinars un dollar 1995 : 47,68 dinars un dollar 2001… 69,20 dinars un euro 77,26 dinars un dollar - 2002… 75,35 dinars un euro -69,20 dinars un dollar 2003…87,46 dinars un euro 77,36 dinars un dollar -2004…89,64 dinars un euro 72,06 dinars un dollar-2005…91,32 dinars un euro 73,36 dinars un dollar-2006…91,24 dinars un euro 72,64 dinars un dollar 2007…95,00 dinars un euro- 69,36 dinars un dollar -2008…94,85 dinars un euro 64,58 dinars un dollar-2009..101,29 dinars un euro 72,64 dinars un dollar-2010..103,49 dinars un euro 74,31 dinars un dollar-2011..102,21 dinars un euro 72,85 dinars un dollar-2012..102,16 dinars un euro 77,55 dinars un dollar-2013..105,43 dinars un euro 79,38 dinars un dollar-2014..106,70 dinars un euro 80,06 dinars un dollar- 2015..108,60 dinars un euro 99,50 dinars un dollar-Le 24 février 2017 - 110,37 dinars un dollar et 117,06dinars un euro. L24 février 2017, pour la monnaie marocaine et tunisienne nous avons la cotation suivante : 10,099 dirham marocain un dollar et 10,69 pour un euro et 2,42 dinars tunisiens pour un dollar et 2,28 pour un euro. Le taux sur le change du marché parallèle Port Saïd/Alger pour le 24 février 2017, nous avons - un Euro vente 187 dinars un Euro- achat 186 dinars un Euro – un Dollar US –vente 175 dinars un Dollar, vente 173 dinars un Dollar US- Une Livre Sterling 278 dinars vente et achat 217 dinars. Aussi il s’agit de cerner les douze raisons pour comprendre la faiblesse de la cotation du dinar algérien et éviter des solutions utopiques

Premièrement, créé en 1964, le dinar algérien était coté avec le franc jusqu’en 1973, 1 dinar pour 1 franc, et par rapport au dollar 1 dinar pour 5 dollars. Depuis 1974, la valeur du dinar a été fixée suivant l’évolution d’un panier de 14 monnaies avec une dépréciation entre 1986/1990 de 4,82 à 12,191 (cours USD/DZD), de 150% suivi d’une seconde dépréciation, de l’ordre de 22% en 1991. Avec la cessation de paiement en 1994 et suite au rééchelonnement et aux conditionnalités imposées par le FMI, il y a eu une nouvelle dévaluation, de plus de 40% par rapport au dollar américain suivi dès 1995/1996 d’une convertibilité commerciale de la monnaie algérienne. La cotation du 24 février 2017 donne pour le dinar algérien 110,37 dinars un dollar et en euro 117,06 dinars.

Deuxièmement, la valeur d’une monnaie, rapport social, et donc du dinar est fonction de la confiance et d’une économie productive. L’économie algérienne étant une économie fondamentalement rentière, contredisant les lois élémentaires de l’économie où toute dévaluation en principe devrait dynamiser les exportations. En Algérie le dérapage du dinar a produit l’effet contraire montrant que le blocage est d’ordre systémique. L’économie du pays est dépendante des hydrocarbures à 98% des exportations et important 70/75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Selon un rapport de l’OCDE, la productivité du travail de l’Algérie est une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen. La non proportionnalité entre la dépense publique et le faible impact, le taux de croissance moyen n’ayant pas dépassé 3% (il aurait dû dépasser les 10%) est source d’inflation et explique la détérioration de la cotation du dinar.

Troisièmement, une réévaluation de la monnaie algérienne générerait inévitablement une tension inflationniste tirant à la hausse des importations par la consommation interne, puisque la valeur du dinar algérien et le pouvoir d’achat fictif dépendent à 70% de la rente des hydrocarbures via les réserves de change. A un montant de 10 milliards de dollars de réserves de change, la banque d’Algie serait contrainte de déraper la valeur du dinar à plus de 200 dinars un dollar.

Quatrièmement, comme je viens de le rappeler un débat télévisé de 45 minutes avec l’ancien secrétaire d’Etat à la prospective Bachir Messaitfa, en date du 22 février 2017 (vous pouvez écouter le débat sur la vidéo)

qui préconise le changement de billets, il serait illusoire et utopique, solution que je rejette, qui risque de créer un désarroi national alors qu’il s ‘agit s’attaquer à l’essence de la faiblesse de la cotation du dinar renvoyant à la morphologie du système économique. Car il faut éviter du moins pour l‘instant, mais devant en tirer les conséquences, de comparer l’économie algérienne à la situation de l’économie vénézuélienne, pourtant première réserve de pétrole mondiale avant celle de l’Arabie Saoudite, lourdement endettée, dont le taux d’inflation dépasse les 300/400% par an. Le taux d’inflation bien que compressé artificiellement par les subventions les transferts sociaux plus de 23% du PIB entre 2015/2016 mal gérés et mal ciblés, intenables dans le temps, en Algérie bien qu’en hausse a clôturé fin 2016 à 6,4% avec des incidences négatives sur le pouvoir d’achat des citoyens et les taux d’intérêt bancaires.

Cinquièmement, l’Algérie possède d’importantes potentialités de sortie de crise comme je viens de le souligner dans une contribution parue un grand quotidien financier français la Tribune.Fr en date du 19 février 2017. Contrairement aux discours de sinistrose, l’Algérie n’est pas en faillite,(réserves de change au 31/12/2016 de 114 milliards de dollars et une dette extérieure inférieure à 4 milliards de dollars) , tout en reconnaissant qu’elle traverse une situation difficile.

Sixièmement, la faiblesse de la production et de la productivité, 97/98% des exportations provenant directement et indirectement des hydrocarbures, la baisse des importations pour 2016, malgré toutes les restrictions n’a été que d’environ 5 milliards de dollars par rapport à 2015, ayant des limites à la restriction des importations du fait de la faiblesse du tissu productif.

Septièmement, l’on doit être attentif aux recettes de Sonatrach qui soutiennent les réserves de change. En cas de réserves de change de 10 milliards de dollars, la banque d’Algérie serait contrainte de déraper le dinar à 200 dinars un dollar avec une accentuation sur le marché parallèle. Le solde bien que positif de al balance commerciale dévoilé par les statistiques douanières pour janvier 2017 n’est pas significatif devant avoir une moyenne semestrielle et annuelle

Huitièmement, l’écart s’explique par la diminution de l’offre du fait que la crise mondiale, combinée avec le décès de nombreux retraités algériens, a largement épongé l’épargne de l’émigration. Cette baisse de l’offre de devises a été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie. La reconversion de ce capital argent bien acquis ou mal acquis l’argent jouant sur la distorsion du taux de change en référence à l’officiel, vous me facturez 130 au lieu d’une marchandise achetée 110 euros avec la complicité d’opérateurs étrangers, opérations plus faciles dans le commerce et le poste services qui a implosé passant de 2 milliards de dollars en 2002 à près de 10/12 milliards de dollars annuellement entre 20112016, montre clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que l’épargne de l’émigration. Cela permet des achats d’immobiliers tant à l’étranger et en Algérie qui expliquent la flambée des prix notamment dans les grandes agglomérations et même dans des zones semi urbaines. Ces montants fonctionnant comme des vases communicants entre l’étranger et l’Algérie, renforcent l’offre. Il existe donc un lien dialectique entre ces sorties de devises dues à des surfacturations et l’offre, sinon cette dernière serait fortement réduite et le cours sur le marché parallèle de devises serait plus élevé, jouant donc, comme amortisseur à la chute du dinar sur le marché parallèle.

Neuvièmement, la demande provient de simples citoyens qui voyagent : touristes, ceux qui se soignent à l’étranger et les hadjis) du fait de la faiblesse de l’allocation devises dérisoire. Mais ce sont les agences de voyages qui à défaut de bénéficier du droit au change recourent elles aussi aux devises du marché noir étant importateurs de services. Majoritairement elles exportent des devises au lieu d’en importer comme le voudrait la logique touristique comme en Turquie, au Maroc ou en Tunisie.

Dixièmement, dans les pays à économie administrée, on délivre des autorisations qui permettent à ceux qui ont des relations de les vendre mais au cours du marché s’alignant sur le cours du marché parallèle donnant à ces personnes qui ont des relations donc des rentes sans contreparties productives. Le marché parallèle de devises n’échappe pas à ces règles générales avec la cotation administrative du dinar. Ce marché noir joue comme assouplisseur à un contrôle des changes trop rigide qui contrôle 40% de la masse monétaire en circulation (a vec une concentration au profit d’une minorité rentière) et 65% des segments des différents marchés ; fruits/légumes, de la viande rouge /blanche- marché du poisson, et à travers l’importation utilisant des petits revendeurs le marché textile/cuir. Il existe une intermédiation financière informelle (des banques informelles) loin des circuits étatiques. Au niveau de cette sphère qui est le produit de la bureaucratie, tout se traite en cash favorisant des liens dialectiques avec certains segments rentiers et donc l’évasion fiscale et la corruption.

Onzièmement, l’écart s’explique par le passage du Remdoc au Credoc crédit documentaire (expliquant les mesures d’assouplissement) qui a largement pénalisé les petites et moyennes entreprises représentant plus de 90% du tissu industriel en déclin (5% dans le PIB). Le Crédoc n’a pas permis de juguler comme cela était prévu la hausse des importations qui ont doublé depuis 2009, a renforcé les tendances des monopoleurs importateurs où selon l’officiel 83% du tissu économique global est constitué du commerce et des petits services à faible valeur ajoutée. Nombreux sont les PME/PMI pour éviter les ruptures d’approvisionnement ont dû recourir au marché parallèle de devises. Le gouvernement a certes relevé à 4 millions de dinars, au cours officiel, la possibilité du recours au paiement libre pour les importations urgentes de matières premières ou pièces de rechange, mais cela reste insuffisant.

Douzièmement beaucoup d’opérateurs étrangers utilisent le marché parallèle pour le transfert de devises, puisque chaque algérien a droit à 7200 euros par voyage transféré, utilisant leurs employés algériens pour augmenter le montant.

II.-Quelles perspectives ?

Le gouverneur de la banque d’Algérie en date du 22 février 2017 vient de faire savoir qu’il n’est plus question d’utiliser comme variable d’ajustement la dépréciation du dinar pour atténuer le déficit budgétaire appartenant donc au gouvernement de mettre en place une politique socio-économique appropriée. En effet, paradoxe pour l’Algérie, contredisant les règles économiques élémentaires, lorsque le cours du dollar est en hausse et le cours de l’euro baisse, la Banque d’Algérie dérape pour des raisons politiques à la fois le dinar par rapport tant au dollar que vis-à-vis de l’euro alors que le dinar dans une véritable économie de marché devait s’apprécier par rapport à la monnaie dont la valeur baisse au niveau du marché international. Pourquoi cet artifice comptable ? La raison essentielle est qu’en dévaluant le dinar par rapport au dollar, nous aurons une augmentation artificielle de la fiscalité des hydrocarbures qui fluctue, en fonction des cours, traduisant le fondement d’une économie rentière. Car les recettes des hydrocarbures sont reconverties en dinars, passant par exemple de 70 dinars à 110 dinars un dollar actuellement. Il en est de même pour les importations libellées en monnaies étrangères, les taxes douanières se calculant sur la partie en dinars, cette dévaluation accélérant l’inflation intérieure. Le dérapage du dinar par rapport à l’euro et au dollar gonfle tant la fiscalité hydrocarbures que la fiscalité ordinaire (importation en euros) et donc voile l’importance du déficit budgétaire, l’efficacité réelle du budget de l’Etat à travers la dépense publique et a gonflé artificiellement par le passé le Fonds de régulation des recettes calculé en dinars algériens qui s’est pourtant épuisé fin 2016.

Comme rappelé précédemment, sur le plan strictement économique, la monnaie constitue avant tout un rapport social fonction du niveau de développement économique et social, traduisant la confiance ou pas entre l’Etat et le citoyen, donc le niveau de confiance. Les distorsions entre le marché officiel et le marché informel traduit la faiblesse d’une économie productive concurrentielle. Etant à l’ère de la mondialisation, la rente des hydrocarbures donne une cotation officielle du dinar artificielle, le marché parallèle informel reflétant sa véritable valeur. Une analyse objective de l’inflation, compressée artificiellement par le subventions généralisées et non ciblées et les transferts sociaux souvent mal gérés, situation intenable en Algérie (27/28% du PIB) qui a un impact sur la dépréciation du dinar suppose de saisir les liens dialectiques entre le développement, la répartition du revenu et du modèle de consommation par couches sociales. La solution réside en une nouvelle gouvernance, de nouveaux mécanismes de régulation, qui conditionnent la dynamisation de la production locale dans des segments à valeur ajoutée au sein de filières internationalisées. Cela passe par des entreprises performantes (coûts-qualité) nécessitant de s’insérer au sein de grands ensembles dont les espaces euro-africain et euro-méditerranéen sont les espaces naturels de l’Algérie grâce à un co-partenariat gagnant/gagnant : balance devises partagée, accumulation du transfert technologique et managérial local, la ressource humaine étant le pivot essentiel de la coopération. Et cela grâce à la dé-bureaucratisation de la société, la refonte des systèmes financiers et socio-éducatif, résoudre l’épineux problème du foncier avec ses utilités, les taxes douanières et les subventions devant être ciblées.

Afin de faire face aux ajustements économiques et sociaux douloureux mais nécessaires pour éviter le drame des impacts des années 1986, cela passe par un front social interne solide, une meilleure gouvernance, la libération de toutes les énergies créatrices loin des emplois rentes, mettant au cœur du développement l’entreprise et l’économie de la connaissance en évitant les idéologies négatives par assouplissement de la règle des 49/51% aux segments non stratégiques avec une minorité de blocage pour éviter les délocalisations sauvages, où l’Algérie supporte actuellement tous les surcoûts. Aussi, le véritable nationalisme se mesurera quant à la capacité de toutes les Algériennes et Algériens, sans exclusive, à contribuer à la valeur ajoutée interne loin des aléas de la rente éphémère. Ce sont les conditions pour améliorer la production et productivité interne, devant être sous tendue par une nette volonté politique des réformes structurelles, une libéralisation maîtrisée grâce à l’Etat régulateur, condition de l’amélioration de la cotation du dinar algérien et non par des mesures techniques conjoncturelle.

Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des Universités Expert international

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