Remaniement ministériel : entre simple lifting et empreinte de Saâdani

, par  karim , popularité : 8%

Et de cinq pour Abdelmalek Sellal. En pleine crise économique et en panne de solutions palliatives, le président décide de remanier le gouvernement Sellal, pour la quatrième fois depuis septembre 2012, soit un gouvernement tous les 9 mois

Comme lors des précédents remaniements, certains ministres quittent le gouvernement, d’autres changent de poste sans logique apparente. Et au fond une question essentielle : à quoi servent ces changements ? Quelle sont les objectifs recherchés ? Quelle est la politique qui sera menée avec la « nouvelle » équipe ?

Ce nouveau remaniement intervient 13 mois après le précédent, opéré en mai 2015. Le gouvernement avait été renforcé par de nouvelles figures, notamment Abderahmane Benkhalfa, nommé ministre des Finances, à la surprise générale. Dans les coulisses, on dit que Benkhalfa avait été choisi pour ses supposés talents « de bon communicant ». Un atout au moment où le pays avait besoin de solutions et surtout de mots justes pour faire face à la baisse de ses revenus pétroliers.

Rapidement Sellal comprend qu’il a peut-être fait une erreur. Benkhalfa n’apporte aucune solution sérieuse. Il ne comprend pas grand-chose à l’économie et il n’hésite pas à le dire dans des réunions. Pire : ses interventions ont mis à plusieurs reprises le gouvernement dans l’embarras. Elles ont mis à mal le peu de crédit qu’il avait en matière économique. Il fallait donc le faire partir du gouvernement. C’est désormais chose faite.

Autre ministre débarqué après une année au gouvernement : Salah Khebri. Nommé au département sensible de l’Énergie, cet enseignant universitaire n’a jamais réussi à s’imposer dans un contexte très difficile pour le secteur, avec la chute des prix du baril et les batailles d’influence au sein de l’Opep. Son départ paraît logique.

Egalement nommé dans le gouvernement Sellal V, Tahar Khawa, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, paie les frais de son conflit ouvertement assumé avec le patron du FLN Amar Saâdani. Il a contredit publiquement son patron sur le remaniement ministériel et concernant l’article 51 de la nouvelle Constitution. Il va même loin en prenant position pour Ahmed Ouyahia le patron du RND.

Un autre ministre qui a été la cible du patron du FLN quitte le gouvernement. Il s’agit de Sid Ahmed Ferroukhi, en charge du secteur de l’Agriculture et de la Pêche. Amar Saâdani, dans une sortie inattendue a ouvert le feu sur Ferroukhi, jugeant « catastrophique » son bilan. Sur quelle base ? Quelques mois suffisent-ils à juger le bilan d’un ministre ?

Qu’en est-il pour les autres partants ? Amar Ghoul, le ministre du Tourisme, quitte le gouvernement après 17 longues années de présence. Son départ était prévisible, non que son bilan dans les différents secteurs qu’il a eu à diriger ait été chaotique, mais parce que le président de TAJ est réputé proche de l’ancien patron du DRS, le général Toufik. Ghoul a tenté de sauver sa peau en se démarquant de Toufik, en accusant même les services de vouloir dans le passé lui nuire, en vain.

On ignore enfin pourquoi certains ministres quittent leurs départements pour diriger d’autres secteurs. C’est le cas d’Abdelouahab Nouri qui passe de l’Agriculture aux Ressources en eau avant d’atterrir au Tourisme à la faveur de ce nouveau remaniement, en seulement deux ans. Ce qui fait de lui « un ministre nomade ». Question : s’il est bon, pourquoi le muter, s’il est mauvais, pourquoi le garder ?

Aujourd’hui, la démarche du président ressemble plus à une énième tentative d’occuper l’opinion publique et de créer un semblant de dynamisme sur la scène politique qu’une démarche sincère censée contribuer à instaurer une vision stratégique à long terme.