Scott Horton : « La CIA a financé des groupes terroristes en Algérie »

mercredi 18 mars 2015
par  karim haci
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Algeriepatriotique : Dans votre livre Lords of Secrecy vous accusez Washington d’entretenir le black-out sur l’utilisation des drones. Que cache l’administration Obama sur ce sujet ?
Scott Horton : De prime abord, il est nécessaire de distinguer entre les frappes spécifiques, où les considérations tactiques justifient que la date, l’heure, le lieu et la méthode soient tenus secrets avant l’attaque, et les grandes considérations de politique qui conduisent l’administration Obama à adopter un programme d’assassinats et le confier à la CIA, en utilisant généralement des missiles portés par des drones. Dans ce dernier cas, l’exigence du secret est foncièrement illégitime.
L’administration Obama doit justifier son programme, expliquer ce qu’elle cherche à atteindre, et pourquoi elle croit qu’elle peut mener ce programme du point de vue du droit. Or, l’équipe d’Obama affirme que deux facteurs justifient le secret, même à ce niveau de la politique d’Etat : primo, les assassinats s’appuient souvent sur un accord diplomatique secret entre les Etats-Unis et un Etat disposé à coopérer – comme le Pakistan et le Yémen –, ce qui exige des Etats-Unis qu’ils mentent sur leur rôle ; secundo, la CIA, contrairement au Pentagone, mène des opérations secrètes, couvertes. En somme, Washington essaie simplement de cacher une guerre d’un nouveau genre, secrète par essence, et qui est dirigée par les services de renseignement plutôt que par l’armée.

Les assassinats par les drones américains sont un secret de polichinelle. En revanche, le programme qui justifie ces assassinats est tenu secret. Que pouvez-vous nous dire sur ce programme ? Pourquoi Washington refuse-t-il de le rendre public ?

L’administration Obama argue que le secret est justifié par des raisons de sécurité nationale. Elle va jusqu’à dire que même les fondements juridiques sur lesquels reposent leurs actions sont secrets. Or, cette affirmation est d’une telle absurdité que même les tribunaux fédéraux américains – qui se gardent de remettre en question l’argument du secret brandi par l’Administration – ont exprimé leur objection. L’été dernier, la cour d’appel fédérale de New York a forcé le gouvernement à produire la note secrète justifiant l’assassinat au Yémen d’Anwar Al-Awlaki, un citoyen américain, par une frappe de drone. Ce document montre que les mobiles de l’assassinat sont tirés directement du droit de la guerre, que l’assassinat d’un ennemi qui présente des menaces imminentes pour les Etats-Unis, en contexte de guerre, et qui ne peut être facilement arrêté, inculpé et traduit devant les tribunaux sans mettre en danger la vie des soldats américains, peut être justifié. Cela soulève un certain nombre de questions évidentes : qui sont exactement ces ennemis ? Sur quel territoire cette guerre est-elle menée ? Les réponses à ces questions ne sont toujours pas claires. Bien au contraire, il semble que les services de renseignement américains formulent constamment des réponses différentes qu’ils rendent rarement publiques.

Vous dites que dans quelques années d’autres gouvernements développeraient cette arme et l’utiliseraient de la même manière que les Etats-Unis. Quels sont ces pays ? Si aucun cadre juridique n’est mis en place pour régir l’utilisation des drones, quelles en seront les conséquences ?

Si on la compare, par exemple, avec la technologie des armes nucléaires, celle des drones n’est pas très complexe. En fait, au moment où nous parlons, les drones font leur entrée dans les circuits commerciaux ordinaires, et les drones militaires seront très répandus dans le monde entier avant la fin de la décennie. Il faut plutôt s’intéresser aux différents usages qu’on en fait. Dans quelques années, les petits drones de reconnaissance feront partie de l’arsenal de la plupart des grandes armées. Certes, les Etats de l’Alliance de l’Atlantique Nord auront tous ce genre de drones et s’en serviront, et d’autres armées puissantes et dotées en ressources à travers le monde les acquerront elles aussi, y compris une demi-douzaine de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Le plus dur sera d’acquérir des drones plus grands, plus meurtriers et dotés d’une autonomie de navigation en haute altitude et équipés pour larguer des missiles. Aujourd’hui, les Américains détiennent le monopole, mais il ne fait aucun doute que les dix principales puissances militaires du monde en disposeront avant la fin de la décennie. Une fois qu’ils les auront acquis, ces pays vont copier la manière dont les Américains s’en servent et chaque pays peut ainsi les utiliser contre la « menace terroriste » telle qu’ils la définissent : la Russie pourrait cibler les insurgés tchétchènes, la Turquie pourrait frapper la guérilla kurde, et la Chine les séparatistes ouïghours. Ainsi, en refusant de divulguer les règles qui régissent l’usage qu’ils font des drones, les Etats-Unis créent un véritable danger, celui d’assister à un usage répandu et de plus en plus violent de ces armes. Aujourd’hui, nous pensons aux frappes de drones dans des villages reculés du Yémen et du Pakistan, mais la justification de ces frappes doit être présentée d’une manière qui proscrit l’utilisation de ce matériel à Chicago, Paris, Alger ou Moscou, par exemple. Voilà pourquoi trop de secrets deviennent une menace pour la sécurité mondiale.


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