Propos sur les musulmans : le CFCM attend un geste « d’apaisement » de Cukierman

, par  karim haci , popularité : 9%

Le président d’honneur du CFCM attend un geste de Roger Cukierman, président du Crif, 24 heures après le tollé soulevé par ses propos sur la responsabilité « des jeunes musulmans » dans les actes antisémites. Des paroles défendues ce mardi par Joël Mergui et le Front national.

« Les juifs sont chez eux en France, pas les antisémites », clame Hollande devant le Crif

« On est dans un moment de vérité en France, on ne peut pas dire, faire comme si l’islamisme radical n’existe pas », a déclaré Joël Mergui sur I-Télé.

Lundi, matin, Cukierman avait déclaré que « toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane ». « C’est une question de transparence de dire que quand des actes sont commis en disant +Allah Akbar+ ils sont commis au nom de l’islam », estime aujourd’hui Joël Mergui. « Quand des meurtres ont été faits en France, ou dans différents pays, en instrumentalisant l’islam, on a le devoir de le dire », a ajouté le président du Consistoire, interlocuteur du Conseil français du culte musulman (CFCM), précisant que cela « ne concerne pas tous les musulmans » mais que « tous les musulmans doivent dénoncer ces actes faits au nom de l’islam ».

Ce mardi, Cukierman a reçu un autre soutien, celui du Front National. Interrogée sur France 2, Marion Maréchal Le Pen estime que le président du Crif avait été « broyé ». « Aujourd’hui la majorité des actes antisémites sont le fait de jeunes musulmans, c’est un fait », a estimé la députée frontiste du Vaucluse, insistant un peu plus tard sur cette notion de « majorité ». Roger Cukierman a, selon la nièce de Marine Le Pen, « subi une pression de toute part et notamment la bouderie du CFCM. Le mécanisme habituel pour terroriser toute réflexion politique qui sort du cadre établi par la classe politique actuelle » s’est mis en marche, a-t-elle ironisé.

Quelques instants plus tard, sur RTL, le vice-président du FN Florian Philippot a jugé lui aussi ces propos « maladroits ». Avant d’ajouter aussitôt : « Il y a un islamisme radical, un fondamentalisme islamiste, aujourd’hui je n’ai pas vu le début d’une mesure sauf un site d’Etat, un site gouvernemental », stop-djihadisme.fr. « Aujourd’hui le Front national n’est pas un problème, c’est une solution ; c’est le seul mouvement qui dit depuis longtemps que l’islamisme est un problème. Le Front national est un facteur d’apaisement dans la société française car il veut lutter contre les communautarismes ».

Quant aux annonces du président de la République pour enrayer les violences racistes, antisémites et xénophobes, « on va faire mumuse avec ça... », estime Philippot, qui dénonce une posture pour ne plus parler de « chômage », « d’insécurité ». « On va de polémique artificielle en polémique artificielle, de buzz en buzz, on parle très peu du reste et François Hollande et Manuel Valls en parlent de moins en moins. S’ils veulent lutter contre la haine, qu’ils demandent à leurs représentants d’arrêter d’exercer leur haine contre les patriotes », tance le député européen.

A gauche, le patron des députés socialistes Bruno Le Roux a « regretté (des) propos stigmatisants ». Directeur de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang qualifie, lui, ces propos de « franchement navrants ». « C’est faux de dire que les jeunes musulmans seraient les seuls coupables de violences. C’est montrer du doigt une religion pacifique pratiquée en France en pleine harmonie avec la République française », a-t-il défendu sur France Info. Quant à « dire que madame Le Pen est irréprochable, on tombe de l’armoire ! »

Pour autant, « essayons de tirer le rideau et de passer à une situation un peu plus normale », plaide l’ancien ministre de la Culture. Jack Lang en appelle à l’exemplarité des hauts-responsables, jugeant au passage essentiel de ne pas oublier « qu’il y a aussi des actes anti-musulmans, des attitudes qui méritent aussi d’être prévenues ou réprimées du côté des islamophobes ».

« Il faudrait un geste ou des propos apaisants (de la part Roger Cukierman) pour ouvrir un dialogue sur des bases saines », a toutefois estimé Mohammed Moussaoui sur Europe 1. « Les deux communautés sont suffisamment matures pour trouver un terrain d’entente et dissiper ces propos inadmissibles ». Déplorant les « raccourcis » qui créent « un amalgame », le président d’honneur du CFCM a assuré que « nous dénonçons tout extrémisme mais nous refusons de dire que l’ensemble des musulmans sont traversés par ces tentations de l’extrémisme ». Il est essentiel, a-t-il conclu « d’affronter avec unité tous les extrémismes ».