Le meilleur maire du monde est un Canadien musulman

, par  karim haci , popularité : 2%

Naheed Nenshi, un fils d’immigré tanzanien qui préside aux destinées de la ville de Calgary, au Canada, depuis 2010, a été élu meilleur maire du monde. Ce musulman au pays des cowboys est, en outre, un pro des réseaux sociaux.

Noorjah Nenshi ne s’y attendait probablement pas lorsqu’elle a quitté, enceinte, la Tanzanie il y a 42 ans pour venir s’installer au Canada. Son fils, Naheed Nenshi, a été sacré, lundi 2 février, meilleur maire au monde par la fondation internationale City Mayor. Il a été élu à la tête de Calgary en 2010, gagnant au passage le titre de premier musulman à devenir maire d’une ville canadienne qui compte plus d’un million d’habitants.

Le très populaire édile, connu pour être l’un des hommes politiques canadiens les plus connectés et adeptes des réseaux sociaux, devance Daniël Termont, le maire de la ville belge de Gand, et Tri Rismaharini, la première femme à être à la tête de Surubaya, la deuxième ville d’Indonésie.

Un saint de la politique ?

"Il est le maire le plus admiré de toutes les grandes villes canadiennes. C’est un visionnaire urbain qui ne rechigne pas non plus à faire le travail bureaucratique le plus ingrat", s’enthousiasment les membres de la fondation City Mayor qui sont tous des professionnels des questions de gouvernance locale. À lire les commentaires élogieux d’internautes publiés sur le site, Naheed Nenshi apparaît comme une saint de la politique. "C’est un exemple d’honnêteté, d’intégrité et de générosité. Il accepte tout le monde peu importe la religion, le sexe, la couleur ou le niveau socio-économique", écrit ainsi un internaute de Toronto. D’autres louent son "dévouement" et sa capacité "à transformer réellement une ville de manière positive pour tous". Son action lors des inondations de 2013, qui ont obligé plus de 70 000 personnes à quitter leur foyer pendant plusieurs mois, est également rappelée par bon nombre de personnes.

Rares sont ceux, en revanche, à rappeler qu’il est musulman. La fondation City Mayor ne le fait, d’ailleurs, que de manière incidente. C’est surtout la trajectoire de ce fils d’immigré qui s’est hissé tout en haut de l’échelle sociale à la seule force des études qui impressionne. Il est passé par l’Université de Calgary avant d’intégrer Harvard. Il en ressort avec un diplôme d’administration publique en poche, se fait remarquer par McKinsey & Company et travaille pendant plusieurs années pour le prestigieux cabinet américain de conseil. Il refuse un lucratif poste à Genève, en Suisse, et préfère retourner à Calgary pour fonder sa propre agence de conseil. Il a alors 29 ans et va faire profiter de son savoir faire plusieurs institutions publiques, dont les Nations unies.

Un musulman au pays des cowboys

Il prend tout le monde par surprise lorsqu’il décide, en 2010, de se lancer en politique. Son profil semble peu compatible avec une ville réputée pour son conservatisme. Rares sont ceux qui croient qu’un fils d’immigré, musulman et plutôt marqué à gauche puisse devenir maire de cette ville de plus d’un million d’habitants. Deux semaines avant d’être élu, Naheed Nenshi n’est, d’ailleurs, crédité que de 8 % des intentions de vote. Le candidat redouble alors d’efforts pour faire du porte-à-porte et surtout, il intensifie son blitzkrieg médiatique sur les réseaux sociaux. C’est sur Internet qu’il popularise sa "révolution pourpre", une sorte de plateforme politique capable de séduire aussi bien les jeunes branchés de gauche que l’électorat traditionnellement plus conservateur. Son fil Twitter est l’un des plus suivis au Canada et sa victoire est largement mise sur le compte de sa frénésie social-médiatique.

Son succès face à des candidats bien mieux établis et aux poches beaucoup plus fournies est considéré comme historique au Canada. Il devient "le musulman au pays des cowboys", qu’il réussit peu à peu à séduire. Lorsqu’il brigue un second mandat en 2013, il n’a aucun problème à être réelu avec 73 % des voix. Son succès à la tête de Calgary en fait, d’après le classement annuel du magazine canadien "Maclean’s", le deuxième personnage le plus influent de tout le pays derrière le Premier ministre Stephen Harper.