Dur d’être musulman en France après Merah !!!!!!

, par  karim , popularité : 2%

Ce week-end a lieu, après le drame de Toulouse, le rassemblement annuel de l’UOIF. Un sentiment domine : "Dans cette campagne, on fait peur sur notre dos".

"Il n’y a pas de méchants ici !" Reda désigne le parc des expositions du Bourget, où se tient ce week-end la 29e rencontre annuelle des musulmans de France. Ce chauffeur pétrolier de 26 ans lâche même la poussette de son fils pour retirer son qamis blanc : "Là, je sors de la prière. Mais sinon, vous voyez : je suis habillé en jean et baskets, comme tout le monde. Je ne suis pas un terroriste !"

Débat sur le halal, affaire Merah, arrestations d’islamistes… Beaucoup de musulmans se sentent jugés. Au rendez-vous organisé par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui attire chaque année plus de 100.000 visiteurs, chacun évoque les vexations, les regards en biais. Un ouvrier de 36 ans décrit les graffitis qui ont fleuri dans son usine : "Dans les toilettes, on peut lire : ’Il y en a marre des gris !’" À la fac, ce n’est pas mieux. Au stand des bonbons halal – garantis sans gélatine de porc –, Amina, jeune étudiante voilée, témoigne : "On m’a dit récemment : ’Rentre dans ton pays.’ Mais ma mère est native du Mans, je suis Française !"

Plus loin, Sofian, un grand barbu qui vend des produits cosmétiques. Il sait qu’il attire l’attention dans le RER, mais préfère s’en moquer : "Savez-vous qui a inventé le chèque ? Les Arabes ! Il faut arrêter de nous montrer du doigt. Nous ne sommes pas des monstres. Nous sommes seulement des commerçants." Au Bourget, d’ailleurs, s’étend une immense foire. Foulards, petits pots halal, versets coraniques sur des peaux de chèvre… On trouve de tout. Des CD de Tariq Ramadan non loin des livres de recettes de cuisine orientales. Des horloges indiquant la direction de La Mecque et des bodies pour bébé estampillés "Muslima comme maman".

Pour le "droit à l’indifférence"
Dans les allées, c’est un ballet de hidjab et de foulards colorés. L’ambiance est familiale. Amza, 28 ans, s’arrête pour acheter un ballon Barbapapa à sa fille. Il tempête : "Les politiciens ne parlent pas des vrais problèmes, du chômage, du logement. Ils préfèrent faire peur aux Français." Il ne votera pas à la présidentielle. Sinon, il aurait choisi Hollande ou Mélenchon. Mais pas Sarkozy qui, d’après lui, "en veut à mort aux musulmans". Ce jardinier se demande même si le tueur au scooter était vraiment Merah : "On l’a éliminé parce qu’il en savait trop…" C’est que, dans cette campagne électorale, les fidèles ont parfois le sentiment d’être des "boucs émissaires". Latifa, une retraitée, soupire : "Les plus jeunes de mes cinq enfants cherchent du travail au Maroc. Ils en ont marre de l’injustice, d’être toujours mal servis." Elle ne comprend pas pourquoi on a interdit la venue de six prédicateurs invités : "Ils n’allaient pas entrer mitraillette à la main !"

Les propos du président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, réclamant un "droit à l’indifférence" trouvent ici un large écho. Adel, un trentenaire en costume cravate, soupire : "On parle trop de nous." Lui se débrouille pour faire discrètement ses prières dans l’escalier de secours de son entreprise, et déplore que les 5 millions de musulmans français soient toujours assimilés aux plus extrêmes.

Une institutrice de 25 ans l’approuve : "Pourquoi toujours parler des moutons noirs ? Ce qu’a fait Merah n’a rien à voir avec l’islam !" Malgré son master d’anglais, elle enseigne en primaire : "Quand j’ai commencé à postuler à des postes, avec mon voile, ce n’était pas la peine !" À quelques pas de là, un stand propose des tee-shirts personnalisés : "Proud to be Muslim" ("Fier d’être musulman"), "J’aime la Palestine"… Celui qui a le plus de succès ? Une calligraphie arabe proclamant "tous les hommes naissent libres et égaux".