L’Algérie en surliquidités

, par  karim , popularité : 7%

Alors que les économies européennes traînent leurs dettes comme autant de boulets aux pieds, sur l’autre rive de la Méditerranée, l’Algérie nage dans les liquidités avec 174 milliards de dollars de réserves de change, des banques qui ne savent plus quoi faire de l’épargne des ménages et un excédent commercial en hausse, en dépit d’importations massives.

Selon le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, « l’encours des réserves de changes de l’Algérie, or non compris, s’élève à 173,91 milliards équivalent dollars à fin juin 2011 ». Elles ont donc augmenté de 12 milliards durant les six derniers mois. L’Algérie détient ainsi la 13e réserve de cash au monde…

Djamel Ben Belkacem, directeur conseiller auprès de la Banque d’Algérie, a assuré que ces capitaux étaient bien gérés : « Nos placements sont sécurisés sur deux plans : leur capital est garanti, ils sont couverts contre les risques de change et ils sont liquides, c’est-à-dire que nous pouvons les retirer à tout moment ». Selon lui, leurs placements ont rapporté à l’Algérie 4,3 milliards sur l’année 2010. Cette semaine, en Conseil des ministres, le président Bouteflika a toutefois demandé à son gouvernement « d’optimiser le rendement de ces réserves de change ».

Le pays a également enregistré, au premier semestre 2011, un excédent commercial de 10 milliards de dollars contre 6,57 milliards de dollars durant la même période de 2010.

De tels moyens financiers à disposition d’un pays qui importe près de 75 % des besoins de ses ménages et dont une frange importante de la jeunesse pointe au chômage, ont naturellement suscité de nombreux débats et commentaires.

Pour Abderrahmane Mebtoul, professeur en sciences économiques, au-delà du fait que l’Algérie importe l’essentiel de sa consommation courante, c’est surtout l’importation tout aussi massive de connaissances de l’étranger, liée à l’exode des cerveaux algériens, qui menace à terme le pays, car selon lui, « les deux fondamentaux du développement du XXIème siècle tenant compte de la mondialisation irréversible, liant efficacité économique et la cohésion sociale sont la bonne gouvernance et la valorisation du savoir. »

Selon Boualem Aliouat de l’Université de Nice, ce qui rassure les marchés mondiaux, plus que le volume des réserves de change ou des liquidités d’un pays, c’est la qualité de sa gouvernance, sa stabilité politique juridique et administrative. « Rien cependant ne remplacera jamais le critère de la stabilité politique et des risques pays comme seul signal positif et garant efficace sur les marchés internationaux. C’est la raison pour laquelle le meilleur investissement que pourrait engager ces pays réside d’abord dans leur transparence, leur gouvernance stable, et la légitimité pérenne de leurs institutions (…). En Algérie, la question, de mon point de vue, est moins de savoir si ces placements de fonds souverains sont rentables ou pas à court, moyen et long termes, mais plutôt de savoir si le pays est structurellement apte à absorber en investissements projets ses excès de réserve. »

Même écho de la part de Maazouz Bachir, professeur à l’Ecole supérieure d’administration du Canada : « Ces réserves ne proviennent pas du travail et de l’intelligence mais d’une ressource éphémère que sont les hydrocarbures. Il faut accorder une importance stratégique, pour un véritable développement, à l’efficacité des instituions par un