El Guerba

, par  karim , popularité : 5%

[|El Guerba toujours d’actualité|]

Pandant l’été, el Guerba fait son apparition dans les régions bèrbères( chaouia) Partout où l’on va, on la trouve dans les douars, les hameaux, les villes et les villages. Les gens modestes l’utilisent encore pour rafraîchir l’eau ou la conserver à basse température, les plus aisés pour la nostalgie qu’elle évoque.

El Guerba, « l’outre », est toujours à la mode chez les chaouia, Elle est toujours exposée à l’ombre durant la journée, devant certaines maisons et certains lieux de commerce pour permettre aux passants d’étancher leur soif. Une démarche guidée par un pur esprit de philanthropie, d’altruisme et de charité. Azouz, commerçant, explique : « Ce comportement a pour but de venir en aide aux gens de passage pour apaiser leur soif. C’est aussi un acte de générosité et de charité dont l’auteur sera récompensé dans l’autre monde. »

Certains vieux de la région racontent aussi qu’il y quelques décennies, il existait même « el guerab » (la personne qui porte el guerba sur ses épaules), soit pour vendre de l’eau, soit pour la servir gratuitement et ainsi se racheter d’une faute.

L’outre, ce « frigo ancestral », c’est tout simplement le symbole de la générosité des chaouia ! A l’ombre, accrochée au mur à l’aide d’une tige métallique ou suspendue à el hamara (un trépied), l’outre offre généreusement, de son ventre et de son goulot étroit, son eau aux passants, une eau fraîche et d’un goût agréable. Elle est utile pour les petites gens mais certains notables de la région aiment aussi s’en servir, se rappelant alors du bon vieux temps.

Propre, économique et naturelle

L’outre est propre, économique et naturelle. Son eau est aseptisée, à consommer sans aucun danger, traitée même de la manière la plus écologique grâce à el gatrane (huile de cade) que l’on y ajoute. El guerba, aux poils longs, brillante et de couleur différente, fait partie du décor des Aurès. Elle est même le symbole de la symbiose entre l’homme de ces massifs montagneux et la nature.

Aïcha, octogénaire, raconte la manière ancestrale de fabriquer l’outre qui est plutôt le fait des femmes...

« On dépiaute le bouc (sans l’éventrer). On travaille la peau de l’intérieur avec d’bagha (du tan, l’écorce de chêne qu’on réduit en poudre). On laisse la peau quelques jours dans la poudre du tan pour que le cuir ne se pétrifie pas. Cela permet d’établir des liaisons entre les molécules de collagène pour les rendre imputrescibles. Une fois la peau du bouc tannée, on la coud en forme de sac pour contenir l’eau. On rattache les pieds entre eux par un cordon par lequel on suspend l’outre. »

Malheureusement, cette activité artisanale a presque disparu. Rares sont aujourd’hui les femmes qui continuent à fabriquer ce récipient ou objet en cuir pour contenir l’eau et la préserver fraîche. Mais gageons qu’el guerba ne disparaîtra pas de sitôt du quotidien des Chaoui.